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23
MAR
2020

Capitalisation des pratiques de gestion de la crise sanitaire dans le monde

Article initialement publié par le Centre Ressource Réhabilitation (à lire ici)

Enseignements et recommandations pour la protection des usagers et des professionnels en établissement psychiatrique

Source : “Risk and prevention of novel coronavirus pneumonia infections among inpatients in psychiatric hospitals”
Yuncheng Zhu, Liangliang Chen, Haifeng Ji, Maomao Xi, Yiru Fang, Yi Li
Neuroscience Bulletin, mars 2020, 36, pages299–302(2020)

Dans le cadre de la crise sanitaire du COVID-19, une communication proposée par une équipe de chercheurs et cliniciens chinois dans Neuroscience Bulletin relève les enseignements associés à la gestion de cette crise et des pratiques prédictives d’un risque de contamination contrôlé, ainsi que les points de vigilance nécessaires en établissement psychiatrique, à l’égard des usagers et des professionnels.

-* Les mesures de confinement doivent être strictement observées

  • Aussi pour limiter le risque d’infection à un stade précoce, toutes les méthodes possibles doivent être mises en œuvre : limiter l’hospitalisation, interdire les visites, doter les établissements du matériel de protection et mettre à disposition une assistance psychologique continue pour les professionnels
  • 14 jours d’observation à l’hôpital pour les usagers réduire l’infection à l’hôpital s’est avéré constituer une mesure décisive pour limiter la propagation. Ainsi, une salle d’observation de pré-admission en dehors des services pour les accompagnements de routine sera aménagée immédiatement à cet effet pour l’isolement et l’observation

-* Le risque de contamination doit être évalué au cas par cas

  • Une analyse détaillée des voyages récents des patients dans des zones à risque, ainsi que des contacts étroits avec des patients positifs
  • En fonction du niveau de risque d’un usager infectieux, le médecin doit décider en connaissance de cause si le patient peut et doit être transféré dans un autre hôpital désigné pour traiter les personnes infectées
  • Le personnel médical, les infirmiers, les personnes dédiées au soutien logistique devront limiter leurs contacts et prendre leur température avant d’entrer et de sortir du service

-* Le parcours de soin et les conditions d’hospitalisation

  • Les visites sur place seront interdites et des échanges en ligne seront proposés et mis en place pour que le lien perdure avec les familles
  • Seuls les aliments et les vêtements provenant de sources agréées par le gouvernement pourront circuler dans le service
  • Un renforcement du soutien psychologique aux familles devra être fourni par les acteurs de santé communautaire et par la médecine de ville en relais des mesures prises par l’établissement, pour l’aider à communiquer efficacement sur la restriction de l’accès des visiteurs et obtenir le consentement sur la nécessité de suivre de façon stricte ces mesures temporaires
  • Il faudra veiller à cet égard à ce que les proches soient assurés (et rassurés) que les usagers du service sont accompagnés le mieux possible, avec tout le professionnalisme et le dévouement nécessaires et ne manquent de rien

Points d’extrême vigilance :

  • L’infection peut passer par les biens extérieurs déposés par les familles
  • De l’étayage en termes de compétences et des formations devra être proposé aux professionnels de la psychiatrie, pour les aider à gagner en confiance dans leur capacité à repérer et traiter les troubles somatiques des usagers du service, le cas échéant

Ce qu’il faut retenir

En Chine comme dans le monde entier, toute erreur dans les dispositifs de prévention et de contrôle peut impacter fortement le système de santé. Concernant le COVID-19, les patients à risque sont les personnes âgées et les personnes ayant des comorbidités.

Les établissements psychiatriques sont particulièrement à risque : forte densité d’usagers, établissements non conçus aux normes d’isolement septique, usagers parfois éloignés du suivi de l’actualité et potentiellement moins motivés à accepter et coopérer aux mesures de confinement. Par ailleurs, les professionnels y ressentent un besoin d’étayer leurs connaissances pour faire face aux maladies infectieuses.

En résumé, selon les recommandations de cette équipe de chercheurs, les mesures à envisager en établissement psychiatrique et en ambulatoire, pourront être les suivantes :

  • respecter une période d’observation de 14 jours dans une salle d’observation de pré-admission pour l’usager porteur de symptômes évocateurs du Covid-19
  • recenser les voyages récents effectués par l’usager
  • décider en fonction du niveau de risque d’un usager infectieux s’il doit être transféré à l’hôpital général ou hospitalisé sur site
  • limiter tout contact physique avec l’usager
  • interdire temporairement les visites sur place
  • pour le personnel : prendre sa température avant d’entrer et de sortir du service
  • allonger la durée des prescriptions en cours pour les usagers en ambulatoire, stables
  • assurer un suivi à distance des usagers en ambulatoire, instables
  • repérer les usagers les plus à risque de rupture de parcours / épisode de crise nécessitant une (ré)intégration dans l’établissement
  • former les professionnels de santé à l’abord du COVID-19
  • étayage psychologique renforcé pour les usagers à distance ou en présentiel si besoin identifié
  • prendre soin des professionnels de santé par un dispositif de suivi psychologique pour prévenir l’épuisement des professionnels, les risques d’anxiété, de dépression, de syndrome de stress post-traumatique (SSPT)…

Remerciements à Juliette Félician pour sa traduction du texte original.

Cet article a été sélectionné, étant favorable aux réponses en matière de santé des expatriés.

Lire à ce sujet l’article « Le bouche à oreille au sein des communautés expatriées appel à la prudence en matière de santé par Franck Scola »